Lier la génétique et l’évolution du langage avec la Prof. Sandra Oliveira
Depuis cette année, Sandra Oliveira a pris le poste de professeure assistante en Évolution Génétique et Linguistique à l’Université de Zurich. Son expertise amène une nouvelle dimension à la recherche du PRN Evolving Language.
De la biologie au langage
La fascination de Sandra Oliveira pour la génétique évolutionnaire a commencé pendant sa troisième année d’étude en biologie, à l’Université de Porto, lorsqu’elle a pris un cours sur le sujet. Cet intérêt l’a mené à étudier l’histoire évolutionnaire de gènes spécifiques, et à reconstruire les histoires de populations sur la base des variations de motifs dans leur génome entier, en incorporant petit à petit des questions sur le langage et la culture.
« Les génomes évoluent à travers une combinaison de processus aléatoire et de sélection, et l’effet de ces processus dépend de la structure des populations et du choix de partenaires des individus », explique-t-elle. « La culture influence profondément la structure des populations et, plus largement l’évolution humaine, dépassant souvent les facteurs environnementaux. Je me suis donc de plus en plus intéressée à la manière dont les comportements culturels, les langues et les gènes coévoluent. »
Sa recherche est profondément interdisciplinaire, combinant la génétique populationnelle, l’anthropologie, l’archéologie, la linguistique et l’informatique. « Pour moi, travailler à travers les disciplines est formidable, parce que je suis de nature curieuse et intéressée par pleins de choses différentes, » raconte-t-elle. Mais parfois, communiquer efficacement entre disciplines peut s’avérer complexe : « Nous voulons plonger dans des aspects précis de notre domaine, mais nous avons aussi besoin de garder une perspective plus générale pour que tou-tes les collaborateur-rices puisse rester à la même page. »
Professeure Sandra Oliveira © Université de Zurich.
Un parallèle insoupçonné
Culture et génétique sont toutes les deux transmises à travers les générations. Tout comme les gènes qui sont hérités des parents, les traits culturels, comme le langage, sont aussi largement passés des parents à leurs enfants. « Bien que les cultures puissent être transmisent de façon plus complexe, nous observons des parallèles frappants entre les deux », explique Sandra Oliveira. Parfois, ce lien est même causal : « Par exemple, dans des régions où la consommation de lait est une pratique culturelle commune, les variants génétiques qui permettent aux adultes de digérer le lait sont plus fréquents dans la population. »
La chercheuse a précédemment exploré cette connexion et le rôle d’autres pratiques culturelles dans des populations du désert Namib en Angola. « Un aspect qui m’a marqué était comment la structure génétique maternelle, mais pas paternelle, correspondait si clairement au système clanique matrilinéaire de ces groupes », explique-t-elle. « Un autre aspect était la découverte d’une composante ancestrale profondément divergente dans leur génome. » Même si ces populations parlent maintenant des langues Bantu, le désert de Namib accueillait autrefois les derniers locuteurs du Kwadi, et les anthropologues soupçonnaient que leurs origines génétiques étaient très variées. Avec des analyses génétiques, Sandra Oliveira et son équipe ont pu déterminer les différentes ascendances qui composent leur génome et les relier aux mouvements migratoires plus larges à travers l’Afrique. « Nous avons découvert que cette composante ancestrale divergente était la première à s’être séparée de celles que l’on trouve aujourd’hui chez les groupes de chasseurs-cueilleurs d’Afrique du Sud », raconte-t-elle.
Son travail s’étend aussi à l’ADN antique. Pendant son dernier postdoc, elle a analysé une large base de données d’échantillons préhistoriques provenant de toute l’Europe, pour retracer l’expansion des fermiers précoces pendant la période néolithique. Ses analyses révèlent des motifs surprenants. « Contrairement à nos attentes, dans certaines régions d’Europe nous observons une augmentation de la diversité génétique, comparée à celle de la source d’expansion, en Anatolie. », dit-elle. « Nous enquêtons toujours sur la cause, mais le mélange avec des chasseurs-cueilleurs locaux ne semble pas expliquer le motif dans toutes les régions. »
Étudier l’évolution du langage
Au sein du PRN Evolving Language, Sandra Oliveira étudiera comment les processus démographiques façonnent l’évolution du langage. Son équipe souhaite collecter des données génétiques et linguistiques venant de toute l’Afrique. « Les populations africaines arborent une diversité linguistique et génétique exceptionnellement haute. Cette diversité reflète leurs histoires populationnelles riches et uniques, fournissant d’excellentes études de cas pour comprendre comment les différents chemins évolutionnaires influencent la diversification des langues », explique-t-elle.
Le projet utilise des méthodes de pointes pour déduire la démographie et la sélection à partir de génomes complets, et les combine avec des technologies numériques permettant de collecter des données sur les langues et d’autres traits culturels, avec la participation des communautés. Afin de mieux comprendre comment les populations évoluent au fil du temps et quel rôle jouent les migrations et les métissages dans le développement des langues, Sandra Oliveira prévoit d’analyser les données génétiques et linguistiques ensemble à l’aide d’approches quantitatives et basées sur des modèles.
En rejoignant le PRN Evolving Language, Sandra peut entrer en contact avec des expert-es travaillant dans différentes disciplines. « C’est formidable de faire partie du PRN, car cela me permet d’élargir mon réseau et de discuter de certaines des questions les plus fascinantes concernant l’évolution humaine avec des collègues qui apportent des perspectives très diverses », partage-t-elle.
